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Dernière semaine en Inde / COMMENT JE ME SENS DEPUIS MON RETOUR EN BELGIQUE Un mois que je suis rentrée en Belgique. Oui, un mois tout pile. Un mois... déjà! Dans quel état d`esprit suis-je? Comment s`est passé mon retour « à la civilisation »? Remontons d`abord un peu dans le temps et l`espace... Revisualisons brièvement ma dernière semaine en Inde.. Les rendez-vous professionnels se sont très bien déroulés. A chaque trajet (par train bondé, taxi, rickshaw ou autre), j`ai savouré pleinement l`instant présent. Seul hic: j`ai de nouveau reçu une proposition indécente. Juste après ma dernière réunion à Mumbai. Proposition encore plus directe et choquante qu`à Goa. Plus clair que ça, tu meurs! J`en ai eu le souffle coupé! Le pire, c`est qu`il s`agissait d`un des patrons qui m`avait invitée à souper avec son épouse. Pfff... vraiment, il y en a qui ne s`encombrent d`aucun scrupule! Beurk! Non mais pour qui il me prend?!! Dernière soirée à Mumbai. Fou comme les heures filent à vive allure. Je rédige encore un rapport, puis trie mes affaires. Quel état d`esprit différent après 3 mois en Inde! Il y a si peu de choses véritablement nécessaires! Résultat, je laisse derrière moi chaussettes; médicaments, sprays et pommades en tout genre; gel douche; papier wc, ... Tout est bon pour alléger ma valise! Ça en devient même franchement comique! Après tout, de quoi ai-je besoin si ce n`est d`un bout de savon et de mes souvenirs? Faisons place pour les cadeaux laissés à Delhi! Et tant mieux si je peux faire des heureux à Mumbai! PS: en rangeant tout, je ne retrouve plus des bijoux que j`ai achetés, et réalise que l`ancienne servante (renvoyée pour vol) me les a sûrement piqués... Là aussi, mon attitude a changé. Je ne peux rien y faire. Et puis le matériel n`a plus la même valeur à mes yeux... Alors tirons un trait dessus et réjouissons-nous que cette pauvre fille ait pu avoir un peu de joie ou de confort grâce à son larcin! Réveil au petit matin, 2h30 après avoir bouclé ma valise et m`être effondrée sur mon lit. Cette ultime semaine est un sacré marathon! La vue depuis ma chambre est émouvante. La cour intérieure des différents buildings baigne dans les premiers rayons du soleil. Quel calme troublant! Je dis au revoir à la famille. Adieux polis, mais sans réelle émotion, à l`image de mon séjour chez eux. Je n`en reviens pas: je suis parvenue à me passer de taxi et à mettre toutes mes affaires dans un rickshaw (valise, sac pour l`ordi, sac de voyage rempli de CD,DVD,... et sac à main)! L`émotion me gagne alors que mon walkman diffuse de la musique indienne et que ces dernières tranches de vie défilent devant mes yeux fatigués. Au revoir chers amis des rues... A bientôt peut-être! Avion jusqu`à Delhi. Brrr! Quel choc thermique une fois dehors! J`ai perdu 10 degrés en seulement 2h de vol! Et ça se sent nettement, même si ici, à Delhi, il fait tout de même une vingtaine de degrés! Une fois la valise récupérée, destination un taxi! Mais évidemment, ces voyous n`ont pas changé! J`ai beau marchander, aucun chauffeur n`est honnête. Ils demandent tous des prix que je sais par trop élevés. Obligée de faire la file au guichet des taxis prépayés. Bon retour à New Delhi! C`est la course. Je suis prise dans les embouteillages, en retard pour mon rendez-vous. Mon téléphone n`arrête pas de sonner: les entreprises savent toutes que je ne suis plus en Inde que pour 2 jours, que la décision finale de partenariat va bientôt tomber. Malgré la fatigue et tout le reste, je suis heureuse: me revoilà dans la ville de mes débuts... Retour à la case départ. Les souvenirs se bousculent dans ma tête. Plus d`un mois que je n`avais plus vu ces rues. Je suis émue comme si je revenais en Inde après des années d`absence et m`attendris sur chaque bâtiment retrouvé. L`émotion est de plus en plus intense: voilà que nous approchons du quartier de ma famille de coeur. J`indique le chemin au taxi... A gauche à la pompe à service, tout de suite à droite, troisième à gauche, droite, deuxième à gauche,... Maharani Bagh n`est plus un dédale de rues. Ce n`est plus un labyrinthe à mes yeux. Non, c`est le quartier de Delhi auquel je suis tellement attachée. Ma seconde demeure. Nous approchons de la maison blanche à Ganesh rouge... Le jardin est resplendissant. ça y est! Me revoilà! Quelle émotion! J`ouvre la porte et suis accueillie à bras ouverts par Purnima. Quelle joie de se retrouver! Le volume sonore augmente brusquement... J`ignore laquelle de nous deux est la plus heureuse! Les autres ne sont pas là pour l`instant. Mais je ne suis que de passage. Je reviens ce soir. Juste le temps de poser mes bagages et d`échanger quelques mots avec Purnima autour d`une tasse de chai. Mon rendez-vous en entreprise est à 2, 3 pâtés de maison de là. Pas facile à trouver (car c`est un quartier résidentiel), mais on y arrive finalement. Quelques heures plus tard, je suis enfin de retour. Quel bonheur de revoir Ashu, Ajay et Kokila! Oh, Ashu a coupé ses cheveux et porte un tout autre style de pull. Ça lui va bien! Retrouvailles familiales. Les nouvelles fusent dans tous les sens. Ajay a même acheté des petites pâtisseries pour l`occasion. Je me dirige vers mon ancienne chambre... Mon dieu que d`émotions! La buanderie, l`escalier en colimaçon, la porte de la chambre de David avec un plastique bleu, puis un étage au-dessus, ma porte... Et cette vue... Mon premier regard sur l`Inde... Quel choc en poussant la porte de ma chambre! C`est comme si j`étais replongée 3 mois en arrière! Je ne peux empêcher une petite larme de couler... Ah, que ça fait du bien: je suis de retour « à la maison »! Je souhaite m`allonger 30 min pour me reposer un peu. Impossible: mon téléphone sonne 2x (et je devais le laisser allumé car je pouvais recevoir des coups de fil importants). Ça y est, il est déjà temps d`attraper un rickshaw en direction de chez Monsieur Muller (de l`ambassade de Belgique). Arrivée à destination 1h30 plus tard, après de nouveaux embouteillages effroyables et avoir demandé 20x le chemin dans le quartier de Muller. Décidément, je ne me ferai jamais à leur système de numérotation des pâtés de maisons! Merveilleuse soirée en compagnie de Monsieur Muller, sa femme, ses trois enfants (dont l`aînée, Julie, que je rencontre pour la première fois car elle étudie en Belgique et est venue en Inde pour les fêtes de Pâques), et Camille, la stagiaire Explort qui a habité plusieurs semaines dans ma famille à Delhi avant de prendre un appart avec une bande de jeunes expatriés. Soirée super sympa, très chaleureuse. Julie, Camille et moi la prolongeons par de longues discussions jusqu`à 2h du matin. Justement, petit problème: il est 2h du matin! Camille et moi devons rentrer dans nos logements respectifs. Or, le quartier résidentiel de Monsieur Muller est désert. Et nous doutons de pouvoir trouver un rickshaw à cette heure tardive... Qu`à cela ne tienne: Camille et moi avançons joyeusement dans les ruelles sombres... Enfin, joyeusement... Camille commence à avoir peur du noir et panique devant tous les chiens errants. Le fait que je sois son aînée de plusieurs années la rassure quelque peu heureusement... mais bon... pas tant que ça... Autre problème: on ne parvient pas à quitter le quartier (assez étendu) car il est entouré de grilles, toutes fermées. On demande la sortie à un garde (pour rappel, dans les zones résidentielles assez riches, devant presque chaque maison il y a une cahute où quelqu`un « monte la garde »). Trop fort: tout d`un coup, dans le noir on s`aperçoit qu`il porte une carabine à l`épaule. Il ne rigole pas! (contrairement à moi qui suis complètement pliée en 4 : Camille rit nerveusement et demande au garde d`abattre l`un des chiens ou de nous escorter jusqu`à la sortie). Ah! Ah! Avant de rentrer en Belgique, j`aurais dû offrir une peluche de chien à Camille! Finalement, après avoir beaucoup marché et rigolé devant des gardes endormis dans leur cahute, on trouve la fameuse grille ouverte! Et peu de temps après, un rickshaw! Oh miracle! Mais les aventures ne s`arrêtent bien sûr pas là! Nous avons deux chauffeurs pour le même rickshaw. Tous deux serrés à l`avant, l`un d`eux mettant son bras autour de l`épaule de l`autre. Tout d`un coup, on réalise que sur un grand axe ils se sont endormis tous les deux! On a frôlé l`accident, le rickshaw déviait déjà dangereusement! On dépose Camille. Moi je dois rouler encore plus au sud. Pas trop rassurée de me retrouver seule avec les deux bonshommes (et pour cause, après les nombreuses tentatives de séduction dont j`ai été la victime et les histoires de viols dans les journaux). Mais tout ira bien. Excepté un accident de circulation échappé à nouveau de justesse. Cette fois-ci, on a zigzagué très sèchement pour éviter de rentrer dans une voiture. J`ai bien cru qu`on rentrait dans le décor. Ils ne s`étaient pas endormis, non, ils avaient été inattentifs car ils me montraient une pancarte de signalisation à droite (ils s`étaient comme d`habitude perdus et me demandaient le chemin). Arrivée dans la famille vers 3h30-4h du matin. Le lendemain, réveil difficile. Je me lève tôt car j`ai rendez-vous à 9h à l`ambassade, et que c`est de nouveau à environ 1h de route avec les bouchons. Réunion nickel. Les félicitations pleuvent même, tant de l`ambassade que de ZenTech pour l`ensemble de ma mission. Trajet inverse. Retour dans la famille. Je n`en peux plus. Je me repose 30min. Puis je reprends un rickshaw vers Faridabad, à plus d`une heure dans l`autre sens. Encore et toujours des problèmes de locomotion. Tout d`un coup, mon rickshaw me lâche, refuse d`avancer malgré ce qui avait été convenu après moult tractations. Obligée de changer de véhicule, de renégocier les prix. Au final je ne me suis pas faite rouler, mais c`est usant (surtout quand on manque de sommeil)! Par contre, mon 2e rickshaw ne trouve pas l`entreprise. Et moi, même si j`y suis déjà allée une fois, j`ignore la route! Tout se ressemble tellement! Et pour une fois, les passants ne sont pas utiles non plus... Bref, on téléphone à la société... Ils s`expliquent entre eux en hindi. Toujours pas moyen de trouver. Il est convenu que le rickshaw va me déposer à un endroit et que la société va venir me chercher. Les minutes passent. Rien. Je suis seule le long d`une route poussiéreuse. Tout le monde me regarde et rigole. Faut dire qu`au milieu des bovins, des charrettes et de la population locale, je détonne « vachement » (hum!) habillée en femme d`affaires manifestement paumée! J`essaie de téléphoner pour prévenir la société, mais je n`entends absolument rien avec les klaxons et autres bruits assourdissants! Je leur crie l`adresse où je les attends. Des gardes ont pitié de moi et m`invitent à m`asseoir à l`ombre près d`eux. Miracle, quelques minutes plus tard, mon sauveur est là! Ah Ah! Bah, j`ai pris tout ça avec le sourire! Tellement l`habitude! Je savais bien que ça finirait pas s`arranger! On devient tellement zen, à force! Ça fait partie du charme de l`Inde! Réunion très productive. Quelques heures plus tard, ça y est! Ma mission est officiellement terminée!!! Je peux passer tranquillement la soirée avec ma famille avant de reprendre l`avion pour Bruxelles! Je rentre au Bed & Breakfast sous la pluie, comme si Delhi partageait ma tristesse de bientôt partir. Merveilleuse soirée avec ma famille indienne. Pourtant, l`ambiance est pesante car chacun de nous essaie de rire et de faire comme si de rien n`était, comme si je n`allais pas partir ce soir. En guise de surprise, Purnima a fait des pizzas et des pâtes. C`est la fête! Elle n`avait jamais fait cela! On parle déjà de nos retrouvailles. J`écris dans le livre des invités. Je ne résiste pas à la tentation de parler avec mon coeur et de leur dessiner un Ganesh. Je remonte ensuite brièvement dans ma chambre pour ajouter à ma valise les souvenirs que j`avais laissés ici durant mon séjour à Mumbai. Mon Dieu, j`avais oublié qu`il y avait tout cela! Heureusement, je suis parvenue à tout ajouter grâce à mon tri drastique à Mumbai. Et toutes les techniques furent bonnes, comme celle de mettre plusieurs jupes l`une au-dessus de l`autre! Ça devient drôle. Ils n`avaient jamais vu une Belge tordue comme moi faire sa valise! Mais j`avais beau m`agiter dans tous les sens (valise, impression du billet d`avion,...) pour ne pas trop réfléchir, je ne pouvais pas cacher bien longtemps mon émotion réelle. J`ai offert quelques cadeaux à la famille, et en ai reçus en retour. Puis Purnima m`a aidée à enfiler des bracelets (pour ne pas qu`ils se brisent dans mon sac) et m`a montré comment on met un sari. (Eh oui, j`en ai acheté un, mais je n`ai pas encore eu l`occasion de le porter! Ce que vous avez vu sur les photos, ce n`était pas des saris!). Ces moments furent troublants. Ajay a dit que lorsqu`une Indienne quitte ses parents (pour ses études par exemple), il est de coutume que sa mère lui mette des bracelets et un sari. Ça porte chance. Voilà qui rendait donc l`ambiance encore plus intime et touchante. Nous avions tous les larmes aux yeux. Moi aussi j`avais l`impression de quitter mes parents, mon petit frère et ma petite soeur. Soudain, surprise: Ajay et Ashu ont insisté pour me conduire eux-mêmes en voiture jusqu`à l`aéroport. J`ai été profondément touchée par cette gentille intention. Surtout que durant toutes ces semaines passées avec eux, je ne les avais jamais vus faire cela. Ils étaient juste exceptionnellement allés chercher des gens en cas de problème. Mais jamais ils n`avaient reconduit quelqu`un. J`ai dit au revoir à Purnima et Kokila, qui restaient à la maison. Puis dans la voiture, Ajay, Ashu et moi avons parlé religion, destin,... Oui, il y avait sûrement une raison pour laquelle nous nous sommes rencontrés. Et moi aussi j`étais tellement heureuse d`avoir pu partager leur quotidien, faire leur connaissance! De véritables anges sur terre! Adieux émouvants à l`aéroport de Delhi... ... Et puis voilà... J`étais de nouveau seule... Seule pour affronter la suite... mon retour au pays... Je me suis inondée de musique indienne et j`ai laissé couler les larmes, assise en face de la porte d`embarquement. Dernier coup de fil pour remercier Purnima, Kokila, Ajay et Ashu et leur dire que tout va bien, que j`ai passé tous les contrôles sans encombre (et sans amende pour excès de bagages!). Ah belle India, tu as volé mon coeur! Ce pays m`aura profondément touchée, marquée! Quelle merveilleuse aventure se terminait! Qu`allais-je affronter à présent? Je l`ignorais... mais j`étais emplie d`un sentiment de paix intérieure... L`homme possède une formidable capacité d`adaptation. Tout est possible à celui qui croit. Les choses finissent toujours pas s`arranger d`une façon ou l`autre. Et il faut cesser de se plaindre pour des bêtises. Surtout en Europe, lorsqu`on voit la chance qu`on a... Thank you India, Thank you terror, Thank you disillusionnement ...
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Un mois donc que je suis rentrée... Comment se passe la transition? Un mélange de sentiments confus m`habite. Il est des voyages qui vous transforment, vous marquent à jamais. Mon aventure indienne en fait partie. A peine les pieds posés sur le sol belge, j`ai été frappée par les différences entre mon pays d`origine et mon pays d`adoption. Cela commençait très vite. Dès les couloirs et le hall nickels de l`aéroport. Puis une fois sur la route bien sûr. D`ailleurs, parlons-en des rues... Où étaient donc passés les gens? Il y avait eu une alerte à la bombe, ou quoi? Les Belges se cachaient-ils dans un abri anti-atomique? Non, je n`en revenais pas. Il n`y avait personne. Tant sur la route que le long. Quel contraste! Je venais d`un pays grouillant de monde. Je n`étais jamais seule. Où que je porte mon regard, il y avait toujours quelqu`un. Mendiants, vendeurs ambulants, motocyclistes, prêtres, sans-abris, femmes lavant leur enfant, ... tout ce petit monde vivait en harmonie. Mais à présent, où étaient passés tous ces gens? On avait détruit les bidonvilles, chassé les estropiés, chiens errants, mendiants et autres « indésirables »... Les routes étaient de longs boulevards déserts... Cela me semblait triste... Tout d`un coup, je ne faisais plus du 20, mais du 120 km/h. Et quel silence surtout! Adieu chers amis klaxons! Le voyage entre l`aéroport de Bruxelles et la maison de mes parents me sembla complètement irréel. J`étais sous le choc. Trop de silence. Trop peu de monde. Aucun miséreux. La voiture glissait sans bruit sur les routes, désertes et impeccables, à l`image d`une luge sur une piste de bobsleigh. Même la température extérieure cadrait avec cette impression (de l`été, je passais à l`hiver en quelques heures). On aurait dit un rêve... Mais quelle partie était irréelle? Mon voyage en Inde, ou ma vie en Occident? De quel droit pouvais-je vivre ici, dans le confort et le luxe, et abandonner derrière moi ces millions de pauvres gens, vivant parfois dans des conditions dignes du Moyen-Âge? J`ai vite dû affronter d`autres chocs, me réhabituer à « ma vie d`avant »: Reparler français... Ne plus manger épicé... Utiliser des couverts... Essayer de contrôler ma tête qui dodeline pour acquiescer à l`indienne... Pouvoir jeter du papier dans les WC... Ne plus entendre de mots hindis comme « tikké » et « atcha »... Ne plus boire de chai... Ne plus me régaler de toutes ces spécialités culinaires, ces milliards de sortes de pain... Ne plus voir à tous les coins de rue des temples, des statues de Ganesh ou d`autres divinités... Fini aussi de négocier sans cesse le prix de quelque chose! Plus besoin de prendre un rickshaw! Et heureusement d`ailleurs car ici, les taxis sont bien moins nombreux et beaucoup plus chers! Je retrouvais tant de choses, pour en perdre tant d`autres... Mais ces différences n`étaient pas qu`extérieures. Moi aussi j`avais changé, au plus profond de mon être. Bien sûr, je sentais que je n`étais plus trop la même... Mais en quoi? Je ne m`en suis pas rendu compte tout de suite. J`ai remarqué la perte de poids, ça oui, c`était évident (7kilos en moins depuis janvier). Mais à part cela? Je crois pouvoir dire, à présent, avec un peu de recul, que j`ai gagné en force de caractère. Trois mois à négocier sans cesse, à être tout le temps sur ses gardes pour éviter de se faire rouler, attaquer, violer ou tout ce que vous voulez, ça laisse des traces. Ce ne fut pas facile de vivre 3 mois absolument seule dans ce pays assez anarchique et hostile de prime abord. J`ai appris à me faire respecter, à maintenir mon opinion, à savoir dire non sans remords. C`était une question de survie. Il faut être juste, mais pas bon comme le pain...sinon on se fait bouffer! J`étais déjà indépendante avant de partir, je le reviens encore plus. J`ai l`impression d`avoir repoussé mes limites. Tout me semble possible. Oh, parfois, il faudra mordre sur sa chique, ce ne sera pas toujours facile, mais beaucoup de choses sont réalisables. J`ai vu à quel point l`homme a besoin de peu de choses pour être heureux ou survivre. Et à quel point nous avons une formidable capacité d`adaptation. A côté de cette force qui s`est emparée de moi, je sens que je me suis aussi attendrie, assagie, davantage humanisée. Les visions d`horreurs auxquelles j`ai assisté (cadavres le long des rues, personnes décharnées, estropiés,...) m`ont marquée. Il ne passe pas un jour sans que je pense à toutes ces personnes, revoie ces images que par respect et pudeur je ne me suis pas permise d`immortaliser (avec mon appareil photo ou ma caméra). J`aimerais dire que ces images n`existent que dans ma mémoire... Malheureusement, au moment où j`écris, de telles scènes existent toujours. En Inde, mais aussi dans d`autres pays. Oh, bien sûr, on nous parle de cette misère depuis que nous sommes petits. Mais la voir de ses propres yeux, la fréquenter durant des mois, c`est différent. Cela a transformé mon regard sur le monde. Ma façon de penser et de regarder les « difficultés » du quotidien occidental. C`est aussi une des raisons pour lesquelles je me trouve plus « zen ». (Non, non, pas de jeu de mots avec ZenTech s`il vous plait!). Face à ces vies VERITABLEMENT pénibles, plus rien ou presque ne mérite de se plaindre. Et je supporte mieux les petites choses de la vie. J`espère que je garderai toujours cet état d`esprit. J`ai aussi beaucoup aimé la confiance en l`avenir de certains Indiens (comme ma famille à Delhi), confiance appuyée sur une puissante foi religieuse. C`est formidable cet optimisme et cette bonté gratuite, désintéressée. Enfin voilà. L`Inde m`aura rendue plus forte et sereine, en paix avec moi-même. Une chose est certaine: je retournerai dans ce bouleversant pays! (Sans doute déjà pour le mariage d`Ashu et celui de Kokila!) Sur un plan plus terre à terre, il m`aura fallu un peu de temps pour me remettre du choc culturel et du retour en Belgique. Je ne suis d`ailleurs pas tout à fait remise... Je me sens un peu perdue, ne sais quelle direction prendre. J`ai d`abord été malade pendant une semaine. Mais j`ai quand même dû me forcer à travailler d`arrache-pied pour rédiger mon rapport de mission. La présentation orale devant ZenTech et l`Awex (une dizaine de personne au total) s`est extrêmement bien passée. Les félicitations ont plu et ZenTech a confirmé sa volonté de m`engager. Il faut dire qu`en Inde, j`ai décroché une 40aine de rendez-vous, visité une dizaine d`hôpitaux et labos, et surtout, que je suis revenue en ayant trouvé 3 distributeurs de confiance. Mais je vais refuser la proposition de ZenTech. Ils me proposent d`être leur unique représentante internationale. Je ne serais jamais en Belgique. Ce serait 100% à l`étranger, durant toute ma carrière. Mais le pire, c`est que ce serait très instable: quelques jours ou semaines dans un pays, avant d`aller encore ailleurs. Cela pourrait s`envisager pour 1 an ou 2, mais ici, je pourrais difficilement les quitter vu que je serais la seule personne chargée d`ouvrir leurs marchés et de rencontrer leurs distributeurs. Ils investiraient massivement dans ma formation. Oh, en théorie, je pourrais les quitter tout de même, mais je ne trouve pas cela correct. Je ne suis pas une profiteuse. Je ne peux pas les laisser investir ainsi dans ma formation, me faire voyager, acquérir de l`expérience, puis les lâcher comme une vieille chaussette une fois que j`estime avoir fait le tour. En plus, hormis ce choix d`expatriation continue (qui implique des difficultés voire une impossibilité à avoir une vie de famille et une vie sociale), il y avait des choses qui clochaient dans la rémunération et le fonctionnement même de la boîte. Je n`ai donc aucun regret. Quant à l`emploi à l`ambassade à LaHaye, ça ne marche pas car ils ont trouvé quelqu`un avec un profil plus économique. Ma coach Awex et Monsieur Muller m`ont transmis une autre offre d`emploi... On recrute des attachés économiques et commerciaux. Très gentil d`avoir pensé à moi et de croire en mon potentiel... mais de nouveau, même si on admet que j`ai les compétences requises (ce dont je doute quand même car ça équivaut presque à un poste d`ambassadeur), ça implique un grand choix de vie: l`expatriation permanente. Certes, ici on reste attaché à une ambassade pendant plusieurs années avant de changer de pays, c`est donc plus stable... mais voilà... il faut le faire ce choix... Pour l`instant, j`ignore si je suis prête à vivre ainsi, loin de ma famille et mes amis. La folie des premiers jours est passée. J`ai remis mon rapport, soufflé un peu. A présent, ça se tasse. Il faut que je réagisse, reparte dans une direction. Oui, mais laquelle? Pour l`instant, j`hésite encore entre travailler et effectuer un master en commerce international. Je crois que je vais pencher pour le master, même si cela implique de souffrir encore pendant un an. De ne pas encore gagner ma vie, d`avoir un statut précaire, de limiter ma vie sociale, repasser des examens et présenter un 4e mémoire. J`ai trouvé quelque chose d`extra: un master d`un an en « International Business, Economics and Management », donné en anglais à l`université flamande de Bruxelles. Je suis bien tentée. J`ai découvert grâce à ma mission en Inde que j`adorais le commerce international, le contact direct avec les clients. Et malheureusement, en consultant les offres d`emploi, je suis justement attirée par des postes où on demande un minimum de connaissances plus commerciales ou économiques. Ce master pourrait m`aider. Nous verrons bien. Je dois aussi bien préciser ce que je recherche dans la vie. A quel point je suis prête à voyager ou m`éloigner de ceux que j`aime... Eh oui... Bien des défis s`annoncent devant moi... Au fond, la vie, c`est une somme de choix, de renoncements. Je crois qu`à terme je vais opter pour un poste en Belgique, me permettant de voyager, mais seulement de temps en temps, car la famille et les amis sont très importants à mes yeux... Toutefois les paris sont ouverts! Dieu seul sait où je serai dans quelques années! Quoi qu`il en soit, cette mission en Inde fut une formidable expérience. Et elle aura profondément marqué ma vie. J`espère que vous aurez éprouvé autant de plaisir à lire mes aventures que j`en ai eu à vous les raconter. A bientôt! (Qui sait, pour des récits depuis d`autres contrées?) Je vous embrasse fort, Laura
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